au coin du feu

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23
nov 2010
Fatigue française ?
Posté dans journal par olivierdetrelles à 7:14 | 2 réponses »

 

Le mardi matin, c’est sacré, je vais au CDI éplucher la presse; autrefois les CDI étaient calmes et studieux, on sentait flotter le parfum de la séduction intellectuelle, certains élèves échangeaient à voix basse avec des professeurs avides de contacts intimes; maintenant les élèves ont des airs obstinés, voire braqués (de futurs braqueurs),  assis devant des ordinateurs qui encouragent leurs instincts hermétiques. Ils font des recherches sur internet ? Soyons sérieux, ils n’apprennent rien, ne retiennent rien, et deviennent insensibles au savoir professoral, qui lui-même se réfugie dans des pratiques pédagogiques formatées. 

Je tombe ce matin sur le point de vue du chanteur et romancier Yves Simon en dernière page du Monde (21-22 novembre). Il trouve que la France est fatiguée, fatiguée de son histoire, de son présent, de son président. Il n’a pas vraiment d’arguments, c’est une impression, une impression passagère, car très vite, il retrouve des raisons d’espérer, grâce aux auteurs du métissage et de la créolisation des cultures, comme les poètes Edouard Glissant et le Palestinien Mahmoud Darwich qui, par leurs voix (« la voix, tout est là » résume Yves Simon), nous redonnent des ailes, « les ailes ferventes du désir ! » – En situation de décollage et bientôt de survol, Yves Simon peut alors jeter un regard supérieur sur son pays: « Qu’est-il arrivé aux glorieux peuples de France pour qu’ils soient devenus aussi frileux, défenseurs de territoires et de terroirs, arc-boutés sur la notion vague et fluctuante d’identité, repliés sur un passé somptueux, comme si les jours meilleurs étaient définitivement ceux d’hier ? Où trouver en nous les ressources d’un courage nouveau et vaincre cette fatigue nationale ? » 

On appréciera le pluriel: « les glorieux peuples de France », « les territoires et les terroirs »… On l’appréciera d’autant mieux qu’il contient en partie la réponse à la question… Et encore la question est-elle bien faible… Car ce n’est pas tant la fatigue, l’inquiétude et la frilosité, que leurs causes, le bruit, l’insécurité, le chômage, le travail précaire, l’américanisation etc.  qui aujourd’hui posent problème, en France et à la France. Quant à son président, le délicat Yves Simon souligne qu’il « commet des fautes de grammaire et de syntaxe », tandis qu’à Washington Barack Obama se repent courageusement: « Je pense que nous devrions parler davantage de notre déficit d’empathie »- Ce que ne voit pas Yves Simon, derrière sa douceur consumériste de bobo niaiseux, c’est l’épouvantable géopolitique financière et libérale des Etats-Unis qui mène le monde dans des gouffres de dettes. On lui conseillera la lecture de la chronique, comme toujours excellente, de Pierre-Antoine Delhommais, dans le même journal: « Quand on sait que les Chinois et les Japonais détiennent respectivement 883 et 865 milliards de dollars de bons du Trésor américains, on n’ose à peine imaginer ce qu’il resterait de la paix mondiale si les Etats-Unis faisaient défaut sur leur dette. » Voilà une véritable question: est-on obligé de rembourser sa dette ? « La banqueroute est nécessaire une fois tous les siècles, afin de mettre l’Etat au pair », fit remarquer l’abbé Terray, contrôleur général des finances du royaume de France entre 1768 et 1774. On connait la suite. « C’est pour régler la question de notre dette, qui fait si grand bruit en Europe, que Sa Majesté vous a réunis en Etats Généraux » déclare Necker le 5 mai 1789 devant les trois ordres bien rangés dans la salle des Menus Plaisirs du château de Versailles. Voilà qui nous éloigne beaucoup de M. Yves Simon. Qui s’en plaindra ?                                     


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2 réponses:

  1. Grincheux écrit:

    Ah ce Yves Simon ! encore un de ces collabos multiculturalistes….

  2. Ces belles utopies du tout monde et du tout couleur négligent un facteur hélas essentiel. Aujourd’hui tout est nivelé par un de ces petits mots en « isme » qui écrase toutes les différences sous la botte d’un système qui ne voit pas plus loin que le bout de ses dividendes. Seuls les doux rêveurs à l’abri du système peuvent encore s’offrir le luxe de distiller l’absinthe de l’espérance. Monsieur Yves Simon est sans doute plus à l’aise dans la bluette sentimentale ou dans l’extase culturelle bobo larmoyante… On lui pardonnera aisément ce petit moment d’égarement.

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