au coin du feu

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24
nov 2010
Y aura-t-il bientôt de la neige ?
Posté dans journal par olivierdetrelles à 6:49 | 1 réponse »

 

On annonce de la neige. En général quand on l’annonce elle ne vient pas. Ou alors c’est une petite neige fondue très prévisible, semblable aux opinions d’Yves Simon et des bobos. Non, la vraie neige, celle qui me plaît, elle tombe la nuit, à gros flocons silencieux, et le matin, stupéfaction, 50 cm ! Tout le monde bloqué. La vraie neige désorganise le monde moderne; les élèves restent chez eux, et les professeurs aussi. Les chats redoublent de ronronnements. Cette désorganisation nous montre à quel point notre organisation est fragile. Dans les rues, la population se divise en deux grandes catégories, celle qui affiche son mécontentement, comme la pharmacienne dont la blouse blanche fait grise mine à côté du blanc tapis neigeux qui obstrue l’entrée de son officine, et celle que cette situation amuse. En tout cas, les gens se parlent un peu plus (c’est à dire encore très peu) ces jours-là, et l’on voit dans certains regards des velléités de joie et de fantaisie. 

Je garde un souvenir ému d’un soir de neige où, bloqué sur une petite route de campagne, je dus faire demi-tour et rejoindre le lycée à la recherche d’une personne secourable. Par chance, je tombai sur une collègue d’anglais, célibataire, qui accepta de m’offrir le repas et de m’héberger (tu ne vas pas repartir ! ça recommence à tomber !); en vérité, car les choses n’arrivent jamais tout à fait hasardeusement, elle m’avait prévénu dès le midi des risques de neige et je compris bien dans la conversation attendrie que nous eûmes à propos des imprévus de la vie, que son hospitalité ne demandait qu’à être sollicitée. C’était une jeune femme très organisée, très soignée, très fine, et par conséquent réjouie d’accueillir dans son appartement calfeutré un collègue des plus calmes et dociles. Je fus admiratif de ses bibelots et colifichets, de ses petits cadres et coussins multicolores, de ce huis-clos capitonné et parfumé, de toutes ces choses fragiles et muettes qui bientôt me firent porter sur leur sybilline propriétaire un regard suppliant. 

Reste la question: aurons-nous de la neige bientôt ? Et l’hiver, sera-t-il rude ? En guise de réponse, une histoire drôle, qu’il m’arrive de raconter en classe pour donner un exemple de ce qu’on peut appeler la « mondialisation culturelle ». Nous sommes dans le grand nord forestier canadien. Henry, un blanc de la ville, vient passer quelques week-ends dans son chalet rustique et romantique, au coin du feu, allongé sur des peaux de bêtes, avec sa femme, qui lui prépare des tisanes au sirop d’érable. Bien sûr, il faut couper du bois pour alimenter la cheminée. Henry se frotte les mains, allons-y, allons-y. L’usage de la tronçonneuse lui fait penser à un film d’horreur de son adolescence. Oublions. Il abat, il scie, il remplit la remorque de son pick-up. En ai-je assez ? Il sait, d’après les romans écolos à la mode, que les survivants indiens de la région ont une connaissance innée et infaillible de la nature. Par chance, il en est un qui n’habite pas très loin, on l’appelle Oeil de Lynx. « Bonjour l’ami ». - »Hugh » – « Je ne veux pas vous déranger, je me pose simplement une question à laquelle vous pourriez avoir peut-être une réponse à me proposer, voilà, je suis en train de couper du bois, et je me demande si j’en ai assez, je veux dire, est-ce que l’hiver sera rude cette année ? »  - » Hiver rude. » – « Hiver rude, vous dîtes, bien, je vois, je vois, eh bien merci beaucoup, mon ami. » Réponse sybilline. Henry se remet donc à couper du bois dès le lendemain. Il va de nouveau questionner Oeil de Lynx, qui, comme son nom l’indique, observe attentivement ce blanc qui coupe du bois. « Bonjour l’ami. » « Hugh » - »Oui, hugh, excusez-moi mais je vous repose la même question qu’hier, comment sera l’hiver cette année ? » - »Hiver très rude ». « Ah, très rude, vous avez bien dit très rude, bon, eh bien je vous remercie. » Henry se remet à couper du bois dès le lendemain, et le jour suivant. Oeil de Lynx traîne de nouveau dans le coin (les Indiens survivants sont un peu désoeuvrés). « Hep ! C’est encore moi, je me permets de vous demander encore votre avis, vous avez l’air de vous y connaître, moi je viens d’arriver, vous voyez, je suis en train de couper mon bois, et je me demande, enfin, vous me comprenez, comment sera l’hiver cette année ? » « Hiver, très, très rude. » – « Très très rude ? » - »Oui, très très rude ». Là-dessus Henry recoupe encore deux remorques de bois. Il n’a plus d’endroit où le ranger, et sa femme commence à s’ennuyer au coin du feu alanguie sur les peaux de bête, en écoutant Robert Charlebois. Epuisé, Henry s’approche de nouveau d’Oeil de Lynx. « Dites-moi, cher ami, hugh, excusez mon indiscrétion, mais j’ai une certaine curiosité pour les moeurs indiennes, n’est-ce pas, et j’aimerais savoir comment vous pouvez deviner que l’hiver sera cette année très très très rude… » – « Oeil de Lynx connait un dicton: « plus homme blanc coupe du bois plus hiver sera rude. »"                                                        


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Une réponse:

  1. Figaro écrit:

    Mon cher Dufeu, vous parlez comme un oracle et votre apologue est de saison. La neige est bien là ! Or sous nos (p)latitudes citadines, elle s’étale pour mieux se dérober, elle fond sournoisement et mute en verglas. Alors, les trottoirs deviennent de dangereux miroirs où les plus de 70 ans découvrent l’émoi d’une dernière glissade. Comme oeil de Lynx, je scrute l’horizon. Pour moi, c’est le cheval de fer ( tram…) qui me permet d’apprécier l’étendue du sinistre. Si le cheval est bloqué , l’école est désertée. Nous retrouvons alors la mollesse des heures dépeuplées. La vie tourne au ralenti et les esprits, libérés des contraintes qui fâchent, s’ouvrent dans une communion fraternelle. Le bonheur tient à peu de chose ! Mais, comme la neige, il ne tient jamais bien longtemps. La frénésie de la fourmilière a tôt fait de nous reprendre dans son giron infernal. Soyons plus attentifs à ces petits incidents climatiques, ce sont nos riches heures qui montent au ciel de la douce oisiveté.

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